Merveilleuse nature
Les couleurs dans la nature
Le chêne vert ou yeuse

Le chêne vert (Quercus ilex ) est un bel arbre. Il héberge une autre espèce de cochenille qui a aussi été utilisée pour obtenir des teintes rouge brique, mais ellle était moins recherchée que le vermillon.
Autres caractères distinctifs avec le chêne kermès , les glands du chêne vert sont fuselés et présentent une cupule lisse.

Usage tinctorial du rouge de cochenille

La cochenille qui nous intéresse ici est un insecte parasite qui vit sur le chêne kermès. Pour les anciens qui ne disposaient pas de nos outils d'investigation la cochenille était assimilée à un fruit ce qui fait que l'on attribuait à cet arbre une double nature on le croyait capable de produire à la fois des glands et des baies.
Un peu d'étymologie
Kermès vermilio : le nom Kermès a une origine indo-européenne il était utilisé pour désigner un ver, une larve, ou un insecte.
La désignation de plusieurs nuances de couleurs par les premiers teinturiers dérive directement de kermès et de vermilio
- vermillon a pour origine "kermès vermillo", le petit ver de kermès ou cochenille
-carmin et cramoisi dérivent quant à eux de kermès
Le chêne kermès (Quercus coccifera ) est un petit arbre ne dépassant pas 1 mètre mais qui porte de gros glands sorte de cupules hérissées de piquants.
Sur le chêne-kermès on récolte la femelle cochenille qui est immobile, de forme sphérique, de taille minuscule (6 à 8 mm).
5 kg d'insectes fournissent 50 à 55g de pigment pur.
Principes tinctoriaux : le principal est l'acide kermésique , pigment rouge sang du type anthraquinone.

Usages tinctoriaux : le rouge de cochenille en plus de son usage comme teinture dite de "grand teint" était employé mêlé à du talc ou à de l'amidon pour confectionner des fards ou pour colorer des sirops pharmaceutiques. Il se perpétue aujourd'hui sous la rubrique des colorants alimentaires, c'est le E120.



Usage tinctorial des galles de chêne

On prélève les « noix de galle » appelées Agallas en espagnol qui sont des excroissances sphériques provoquées par la ponte des oeufs d'insectes hyménoptères , les cynips.Le chêne blanc (Quercus pubescens) réagit à la piqûre en produisant des galles .
La récolte a lieu à la fin de l'été avant la sortie de l'insecte. Les galles trouées dont l'insecte est déjà sorti ont beaucoup moins de valeur pour fabriquer le produit commercial , la poudre de noix de galle.
Principes tinctoriaux : ce sont des tanins galliques
Usages tinctoriaux : traditionnellement utilisés pour teindre en noir la soie et recherchés pour la fabrication des encres noires des manuscrits.
Les couleurs obtenues sont très solides au lavage et à la lumière.
Références:
De la garance au pastel : Michel GARCIA Marie-Françoise DELAROZIERE (Edisud Nature)



Usage tinctorial du henné

Le henné (Lawsonia inermis) est une plante de la famille des Lytracées.
Dans cette famille on rencontre les lagerstrémia originaires d'asie qui sont désormais cultivés dans tous les pays chauds , mais également une plante européenne très commune dans les milieux humides la salicaire (Lythrum salicaria).
Le henné, arbuste originaire d'Inde est cultivé sur tout le pourtour du bassin méditerranéen .On en récolte les feuilles qui sont commercialisées soit entières soit le plus souvent sous forme de poudre vert-gris ce fameux henné qui demeure l'une des dernières teintures naturelles encore utilisée et appréciée depuis l'avènement des teintures issues de l'industrie chimique.
Les principes tinctoriaux :
Le pincipal est la lawsone une naphtoquinone rouge-orangée .
Il existe aussi des pigments flavoniques jaunes et des tanins qui jouent le rôle de mordants assurant la fixation de la teinture.
La lawsone est chimiquement très proche de la juglone le principe actif tinctorial présent dans les feulles de noyer (Juglans regia).Les effets bienfaisants de ces deux plantes pour les cheveux et la peau sont indéniables.
Mode opératoire : les feuilles de henné sont pulvérisées dans un bain chaud additionné de jus de citron pour teindre la laine et la soie.
Bien entendu la poudre de henné est utilisé pour teindre la peau et les cheveux .
Couleurs obtenues : beaux tons orangés et roux.
Références:
Guide des teintures naturelles ( Delachaux et Niestlé )



Usage tinctorial du phytolaque

Le phytolaque (Phytolacca decandra) appelé communément raisin d'Amérique est une belle plante vigoureuse de plus de 2 mètres fréquement naturalisée dans les lieux frais. En hiver, la plante disparaît complètement, pour reparaître vers avril-mai depuis une imposante souche. Il est originaire de Virginie et de Floride où les jeunes pousses étaient consommées en guise d'asperge, et les petites feuilles à la façon des épinards
Les fruits permettent d'obtenir des tons qui vont du rose fuschia au violet, utilisables pour la confection d'encres, de peintures et de teintures pour la laine et la soie.
Le raisin d'Amérique est maintenant considéré comme une espèce invasive en France, et des campagnes d'arrachage sont organiséespar l'ONF en forêt de Fontainebleau
Références:
De la garance au pastel / Michel Garcia et Marie-Françoise Delarozière (Edisud Nature)

Usage tinctorial du thé

Le thé (Thea sinensis) n'est pas seulemnt utilisé comme boisson , il peut aussi servir de teinture.
Mode opératoire
:trempage prolongé des fibres à teindre (laine, soie, coton) dans du thé fort très infusé et bien chaud.
Couleurs obtenues : crème à brun châtaigne suivant la concentration. Ce sont des teintures très solides.
Des fouilles archéologiques en Chine ont mis à jour des tissus de soie teints au thé. Cette technique de coloration se pratique encore aujourd'hui en Inde pour teindre la laine des tapis en brun.



Usage tinctorial du rocou

Le rocou (Bixa orellana) famille des Bixacées
Le rocouyer est un petit arbre originaire d'Amazonie, cultivé en Amérique tropicale.
Si en France métropolitaine on parle de rocou , aux Antilles on connaît plutôt le roucou. Le nom d'espèce orellana fait référence à Francisco Orellana, le premier conquistador qui navigua sur l'Amazone.
Les amérindiens avaient l'habitude de s'enduire le corps avec une préparation huileuse à base de rocou ayant pour but de les protéger contre les mauvais esprits, elle leur servait aussi de parure et de protection contre les insectes et le soleil. C'est cette pratique qui est à l'origine de la dénomination « peaux -rouges», nom qui était donné aux habitants du Nouveau Monde.
Contrairement à une idée répandue ce n'est pas au roucou mais à son solvant , l'huile de carapa (Carapa guanensis , Méliacées), que les Indiens attribuent des vertus médicinales.
Principes tinctoriaux
Les propriétés tinctoriales sont dues à la présence de deux pigments caroténoïdes la bixine et la béta-bixine concentrés dans la pulpe du fruit.
Usages tinctoriaux
Ce colorant a largement été utilisé au 19ème siècle pour teindre la laine, la soie, et le coton ; mais également pour fabriquer des peintures à l'eau et à l'huile.
Aujourd'hui la bixine est un colorant utilisé en alimentation humaine c'est le E160B. Il est notamment utilisé pour donner un look plus attractif aux huiles de table ayant été décolorées par les traitements de désodorisation. On l'emploi pour teinter le beurre, et le fromage. Il est également ajouter à la nourriture des poules pondeuses afin que le jaune de leurs oeufs présente une couleur plus intense.

Usage tinctorial de la garance

La garance des teinturiers (Rubia tinctorum) Rubiacées
C'est de la racine de cette plante assez exubérante que l'on extrait un pigment rouge .Ce dernier a connu son heure de gloire au 19ème siècle car il servait à teindre les képis et les pantalons des militaires qui n'étaient pas encore des adeptes des tenues de camouflage.
Mélangé avec le pastel ( colorant bleu extrait de Isatis tinctoria une crucifère) on obtient une couleur violette qui était très utilisée comme teinture avant l'avènement des colorants artificiels.
Le lait des animaux qui consomment la garance est teinté de rouge.

Usage médicinal des cochenilles:
En raison de leur couleur rappelant celle de l'hémoglobine du sang les pigments rouges ont été à la base de nombreux médicaments utilisés dans les maladies liées au sang.
Une préparation célèbre du Moyen age
La Confectio Alkermès de formule un peu hétéroclique pour ne pas dire ésotérique pour les cartésiens du 21ème siècle ( soie teinte au kermès , eau de rose, sucre, ambre, aloès, lapis-lazuli, or, musc) était utilisée pour traiter toutes sortes de troubles en relation avec le système circulatoire : syncope , fausses couches, accouchements difficiles.
Lagerstroemia indica , appelé également Lilas d'été ou Queen of flowers en raison de sa splendide et luxuriante floraison. C'est une des 50 espèces du genre Lagerstroemia dont les représentants sont très appréciés en Asie orientale pour leur qualité ornementale.
Le nom du genre rend hommage à Magnus von Lagerstroem (1696-1759), un ami de Linné.
Voir aussi la lysimaque commune

Mais attention la plante adulte , riche en saponines, est toxique, vomitive et purgative.
Le fruit du rocouyer est une capsule ovoïde revêtue dépines molles et inoffensives qui contient de nombreuses graines rouges.
Les feuilles verticillées par 6 ,sont munies de crochets sur les bords.

Usage tinctorial du pastel

Le pastel (Isatis tinctoria)
Le pastel des teinturiers, guède ou guesde est une plante bisannuelle de la famille des Brassicacées, très cultivée autrefois comme plante tinctoriale. En effet le pastel fut la seule source de teinture bleue disponible en Europe jusqu'à la fin du XVIe siècle, avant l'arrivée de l'indigo.
Etymologie:
Le nom de « pastel » vient du latin pasta, pâte , car après récolte les feuilles étaient broyées et formaient une pâte que l'on faisait fermenter puis sécher.
L'appellation « pays de cocagne » désigneait le triangle compris entre Toulouse, Albi et Carcassonne , le XVIe siècle marque l'apogée de la culture du pastel occitan, cette région connut une grande prospérité grâce au commerce des coques de pastel.
Obtention de la teinture par la méthode ancestrale
Au fur et à mesure de la récolte les feuilles de la première année sont broyées en les mélangeant à de l'eau jusqu'à obtention d'une pâte, le pastel que l'on comprime sous forme de boulettes ou « cocagnes » de la taille d'une orange. Ces boulettes fermentent en séchant pendant un à deux mois. Au bout de cette période, les cocagnes sont écrasées dans un moulin et la poudre est additionnée d'urine pour provoquer une oxydation : on obtient ainsi une pâte qui, séchée, donne la poudre tinctoriale, contenant de l'indigotine. Il s'agit bien d'une teinture, qui se révèle par oxydation et est ensuite d'une très grande stabilité.
L'usage du pastel comme pigment colorant était un sous-produit de la teinture : on recueillait l'écume à la surface des bains de teinture, et cette fleurée séchée donnait une poudre bleue utilisée comme pigment pour des peintures.

Peut être un renouveau comme plante médicinale:
Récemment, des scientifiques ont découvert que le pastel des teinturiers pourrait servir à prévenir le cancer. En effet comme la plupart des plantes de la familles des Brassicacées il renferme des glucosinolates. Il a notamment un taux de glucobrassicine vingt fois supérieur à celui du brocoli, or des recherches in vitro et chez l'animal laissent penser que cette molécule est un précurseur de composés qui pourraient prévenir la formation de tumeurs cancéreuses liées au système hormonal (cancer du sein, cancer de la prostate),

La guède qui pousse sur les terrains calcaires, forme une rosette de feuilles basales la première année. Ses feuilles sont vertes, lancéolées. La deuxième année, elle émet une tige dressée et violacée qui peut atteindre 1,5 m de hauteur, sur laquelle s'étagent des feuilles plus petites, les feuilles supérieures embrassant la tige par des oreillettes.
Les fleurs, à pétales jaunes, sont groupées en grappes.
Les fruits sont des siliques de petite taille
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